Event Europe Transition énergétique juste Crise du logement : démocratie sous pression ? 05.05.2026 Regards croisés entre la France, l’Allemagne et l’Italie Image: Creator: FES/Mathieu Gug Le 5 mai 2026, les bureaux de la Friedrich-Ebert-Stiftung à Paris, Berlin et Rome ont organisé à Paris un séminaire comparatif consacré aux liens entre la crise du logement, la défiance démocratique et la montée des discours d’extrême droite. Le séminaire a réuni des responsables politiques, des militants du logement, des chercheurs et des acteurs de la société civile de France, d’Allemagne et d’Italie. Le programme s’est articulé autour de trois grands temps : d’abord, une analyse des stratégies de l’extrême droite dans le domaine des politiques du logement ; ensuite, une discussion sur les réponses politiques progressistes à la crise du logement ; enfin, un échange sur les stratégies de communication et le narratif à porter avec l’activiste Lumir Lapray. Les discussions sont parties d’un constat partagé : la crise du logement dépasse aujourd’hui la seule question du coût du logement ou des politiques urbaines. Elle touche directement à la cohésion sociale et démocratique. Lorsque de larges pans de la société vivent dans l’insécurité résidentielle, lorsque les personnes ne peuvent plus se permettre de vivre là où elles travaillent, étudient ou près de leurs proches, la défiance envers les institutions démocratiques s’accroît. L’extrême droite parvient de plus en plus à exploiter cette insécurité en proposant des explications simplistes, en désignant des boucs émissaires et en présentant la question du logement comme un conflit à somme nulle entre groupes : nationaux contre migrants, propriétaires contre locataires, centres urbains contre périphéries, ou citoyens « méritants » d'obtenir un logement social contre citoyens supposément « non méritants ». En France, en Allemagne et en Italie, les participant·es ont observé des dynamiques similaires : retrait progressif de l’État des politiques du logement, insuffisance du logement social et montée de la spéculation immobilière. Dans ce contexte, les forces d’extrême droite exploitent les difficultés d’accès au logement en diffusant des récits fondés sur la « priorité nationale », le rejet des régulations publiques et l’opposition aux politiques écologiques. En France, les échanges ont porté sur la stratégie du Rassemblement National, qui associe la question du logement à des thèmes identitaires et sécuritaires tout en défendant les intérêts des propriétaires et en s’opposant à toutes les régulations du marché locatif. En Allemagne, la discussion a montré comment l’AfD intègre progressivement le logement à un discours plus large sur la crise nationale et la concurrence autour des ressources publiques. En Italie, les participant·es ont insisté sur les conséquences du désengagement de l’État qui ont conduit à une importante financiarisation du logement, ainsi que sur les politiques de criminalisation des occupations menées par le gouvernement Meloni. Image: Creator: FES/Mathieu Gug Image: Creator: FES/Mathieu Gug Malgré des contextes différents, un constat commun s’est imposé : l’extrême droite instrumentalise une crise sociale réelle tout en détournant l’attention de ses causes structurelles, comme le manque d’investissement public, les inégalités et la spéculation immobilière. Ainsi, face à cette réalité, les forces progressistes doivent être capables de s’adresser à l’ensemble de la société, aussi bien aux habitants des grandes villes qu’aux populations des territoires ruraux ou périphériques, souvent confrontées à des réalités très différentes en matière de logement, de mobilité et d’accès aux services publics. Face au sentiment croissant d’abandon et de déclassement, il ne suffit plus de défendre des réponses perçues comme technocratiques ou limitées aux outils traditionnels de la social-démocratie.