Mittwoch, 28.01.2026 - Freitag, 30.01.2026 - Paris

Énergie et industrie : les syndicats français, allemands et espagnols pour un changement d’échelle de la puissance publique européenne

Séminaire organisé en coopération avec le bureau de la fondation Friedrich-Ebert en Espagne et le DGB NRW

Comment préserver l’emploi, la justice sociale et la cohésion européenne alors que les transformations énergétiques et industrielles s’accélèrent à un rythme inédit ? C’est autour de cette question que des représentant·es syndicaux des fédérations de l’énergie et de la métallurgie de France, d’Allemagne et d’Espagne se sont réuni·es pour un séminaire organisé en coopération avec le bureau de la fondation Friedrich-Ebert en Espagne et le DGB NRW, afin de réfléchir à des réponses communes face bouleversements géopolitiques actuelles.

Les échanges ont d’abord été marqués par un constat partagé : la transition énergétique et la recomposition des chaînes de valeur industrielles s’accélèrent à un rythme qui fragilise les modèles de production existants. Entre flambée des coûts de l’énergie, nouvelles dépendances stratégiques et concurrence internationale accrue, les travailleur·euses sont les premiers exposés. Les participant·es ont souligné que, sans coordination européenne forte, ces transformations risquent d’alimenter une mise en concurrence des sites et des salarié·es à l’intérieur même de l’Union.

Un thème central des débats a porté sur le lien indissociable entre politique climatique et politique industrielle. Les instruments européens de décarbonation, comme le marché carbone et le marché de l’électricité, ont des effets directs sur l’avenir de secteurs entiers. Pour les syndicats, la question n’est pas de ralentir la transition écologique, mais de la rendre socialement soutenable : investir massivement dans la modernisation des sites existants et le développement des infrastructures et interconnections énergétiques, sécuriser les parcours professionnels et développer les compétences nécessaires aux nouvelles filières (électrification, hydrogène, efficacité énergétique).

La discussion a également mis en lumière une tension persistante : l’Europe prône la coopération industrielle, mais la pratique reste largement nationale et concurrentielle, tandis que la course aux matières premières est devenu un enjeu stratégique majeur. Les États se livrent une bataille pour attirer subventions et implantations, au risque d’affaiblir les standards sociaux et de fragmenter le marché du travail européen. Face à cela, plusieurs intervenant·es ont plaidé pour une planification industrielle à l’échelle européenne, mieux coordonnée et orientée vers des objectifs communs de souveraineté, de décarbonation et de qualité de l’emploi.

Un point de convergence fort a concerné la réforme nécessaire des règles de concurrence européennes, les investissements publics et les conditionnalités attachées aux financements publics. Les fonds mobilisés pour la transition énergétique et la relance industrielle doivent, selon les participant·es, être liés à des exigences claires en matière d’emploi, de formation, de dialogue social et de respect des conventions collectives. Sans ces garde-fous, le risque est que la transformation verte se traduise par une précarisation accrue plutôt que par un progrès social.

Les échanges ont aussi montré l’importance croissante de la coopération syndicale transnationale, notamment dans les groupes industriels présents dans plusieurs pays. Ces expériences permettent de mieux anticiper les restructurations, d’échanger des informations et de construire des positions communes face à des directions d’entreprise de plus en plus globalisées. Elles apparaissent comme un levier concret pour rééquilibrer les rapports de force au niveau européen.

Enfin, au-delà des outils économiques, un débat plus politique a traversé le séminaire : quel récit porter face à la montée de l'extrême droite ? Pour les organisations présentes, la transition industrielle et énergétique ne peut réussir que si elle s’inscrit dans un projet de solidarité : protéger les travailleur·euses, réduire les inégalités entre territoires et montrer que l’Europe peut être un bouclier plutôt qu’un facteur d’insécurité.

Ce séminaire a ainsi mis en évidence une conviction commune : face à l’ampleur des transformations en cours, aucune réponse strictement nationale n’est à la hauteur. La capacité des syndicats européens à élaborer des analyses et des revendications partagées apparaît comme une condition essentielle pour peser sur l’avenir industriel et énergétique du continent.

Friedrich-Ebert-Stiftung
Büro Paris

41 bis, bd. de la Tour-Maubourg
75007 Paris
France

+33 (0) 1 45 55 09 96
info.france(at)fes.de

Praktika & Stipendien