mercredi, 03.12.2025 - jeudi, 04.12.2025 - Metz

Réseau pour la démocratie

Quand les syndicats français et allemands font front commun contre l’extrême droite

Les partis d’extrême droite se montrent traditionnellement peu enclins à reconnaître et à respecter le rôle des syndicats. Au contraire, tant le Rassemblement national (RN) français que l’Alternative für Deutschland (AfD) allemande s’en prennent ouvertement aux organisations syndicales dans leurs programmes. Une fois au pouvoir, ils entendent en affaiblir rigoureusement l’influence, voire vider de leur substance leur rôle dans l’économie et dans la société. En tant qu’adversaires idéologiques de l’extrême droite, les syndicats incarnent ainsi un contre-pouvoir essentiel, dès lors qu’ils s’opposent résolument à une vision du monde nationaliste et corporatiste. Pour eux, la lutte contre l’extrême droite est donc indissociable de la défense des fondements pluralistes de la démocratie elle-même.

Afin d’unir leurs forces, d’échanger leurs expériences et de développer des contre-stratégies communes, le bureau parisien de la FES a ainsi créé dès 2024 un groupe de travail franco-allemand réunissant les confédérations syndicales. Au cours de trois réunions bilatérales, dont la dernière s’est tenue ici à Metz, la Confédération allemande des syndicats (DGB) et les confédérations françaises CFDT, CGT et UNSA ont déjà posé les bases d’un réseau solidaire dédié à la protection de la démocratie. Conformément à la Charte des valeurs de la Confédération européenne des syndicats (CES), l’objectif est désormais de partager les expériences issues d’initiatives locales, d’analyser les stratégies et les objectifs des acteurs d’extrême droite et de développer des mesures préventives. La coopération et la solidarité entre ces organisations doivent être le vecteur d’un renforcement de la capacité d’action et la protection des syndicats. 

Ce projet a reçu un soutien enthousiaste de la part des plus hautes instances. Face à une extrême droite « au seuil du pouvoir », Marylise Léon et Sophie Binet, secrétaires générales de la CFDT et de la CGT, ont assuré lors du lancement de 2024 que les syndicats « restent un rempart ». Et « nous continuerons à résister ». Yasmin Fahimi, présidente de la DGB, a réaffirmé : « Nous en sommes convaincus : il est encore possible de renverser la tendance. »

Malgré les tensions et les obstacles qui traversent parfois les relations franco-allemandes, une coopération apparaît aujourd’hui urgente et nécessaire. Le quotidien de nombreux syndicalistes en France et en Allemagne est souvent marqué par un climat de plus en plus tendu. Beaucoup hésitent désormais à aborder avec leurs collègues des sujets tels que le racisme, les discriminations ou les valeurs démocratiques, tant la diffusion des idées d’extrême droite pèse sur les échanges. Dans un premier temps, le réseau franco-allemand souhaite donc travailler à l’échange d’outils concrets : formation des membres des comités d’entreprise, diffusion d’argumentaires dans les entreprises, attitude à adopter face à des élus d’extrême droite au niveau local et stratégies à mettre en œuvre en cas de participation de l’extrême droite au gouvernement.

Bien sûr, tous les débuts sont difficiles, en particulier lorsqu’il s’agit de coopération transfrontalière. S’y atteler concrètement agit, comme toujours en franco-allemand, comme un révélateur immédiat des différences culturelles et institutionnelles entre les partenaires. Qu’il s’agisse des structures de responsabilité des organisations, de leurs processus décisionnels ou de leurs formes d’action, tout fonctionne différemment chez le voisin. Cela se ressent également dans la perception de la menace : l’urgence est manifestement plus forte du côté français. Les prochaines élections présidentielles auront lieu en mai 2027, et un succès du RN n’est pas à exclure. En Allemagne aussi, l’AfD fait une entrée de plus en plus remarquée dans les parlements et les communes. Les élections des comités d’entreprise de 2026 constitueront également un test stratégique particulièrement important pour la DGB.

L’atelier de Metz a donc fixé l’objectif concret d’une plateforme permanente d’échange d’expériences, d’expertise et d’idées concrètes. Il est vital de renforcer la solidarité européenne syndicale et de donner aux acteurs du monde du travail les moyens d’agir pour défendre leur liberté et celle de l’ensemble de la société.

 

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